sparring circle Le blog

Monter un groupe de discipline qui ne meurt pas au bout d'un mois

Par Vincent Bernard, qui enseigne l’entrepreneuriat à CentraleSupélec et à HEC Paris, et construit Sparring Circle.

En bref

Un groupe de motivation meurt de cinq causes mécaniques, jamais d'un manque de volonté : pas d'heure fixe, pas de trace écrite, aucune conséquence à ne rien faire, un effectif trop grand, et des objectifs invérifiables. Chacune a un remède simple, et c'est la structure qui tient le groupe, pas la motivation.

Vous avez déjà voulu créer un groupe de motivation. Il a tenu douze jours, peut-être cinq semaines, puis le fil s'est éteint sans que personne ne décide rien. Ce n'est pas un problème de volonté, c'est un problème de structure : les groupes meurent toujours des mêmes cinq causes, et chacune a un remède mécanique.

Cause 1 : il n'y a pas d'heure

Le premier jour, tout le monde poste. Le troisième, deux personnes postent le matin, une le soir, une quatrième répond le lendemain à un message de la veille. Au bout de dix jours, il n'y a plus de journée commune, juste des messages qui se croisent.

Personne n'a quitté le groupe. Il n'existe simplement plus de moment où l'on est ensemble. Un groupe sans rendez-vous n'est pas un groupe, c'est un fil de discussion. Et un fil de discussion meurt : il est en concurrence permanente avec les vingt autres conversations du téléphone, et il perd toujours, parce qu'il n'a pas d'échéance.

Ce n'est pas seulement une observation de terrain. La méta-analyse de Gollwitzer et Sheeran sur les intentions de mise en œuvre, qui consistent à fixer à l'avance le quand, le où et le comment d'une action, trouve un effet de taille moyenne à grande sur l'atteinte des objectifs, d = .65 sur 94 tests indépendants (Gollwitzer & Sheeran, 2006, Advances in Experimental Social Psychology). Le « quand » n'est pas un détail d'organisation, c'est le mécanisme.

Le remède : une heure fixe, la même tous les jours, non négociable. Pas « dans la matinée ». 10h. Ce qui se passe à 10h existe ; ce qui se passe « quand on peut » n'existe pas. Choisissez l'heure avant de choisir les membres.

Cause 2 : il n'y a aucune trace

Dans la plupart des groupes que j'ai vus mourir, les engagements étaient dits, jamais écrits. Quelqu'un annonce en visio qu'il va finir son dossier cette semaine. Trois jours plus tard, plus personne ne sait ce qu'il avait annoncé, ni s'il l'a fait, ni même s'il avait annoncé quelque chose.

Écrire est la partie la plus ennuyeuse quand on veut créer un groupe de motivation, et c'est celle qui décide de tout. Rendre des comptes suppose un avant. Sans écrit daté, il n'y a pas d'avant : il y a juste une conversation où chacun raconte sa semaine avec le récit qui l'arrange. Et personne ne ment. C'est la mémoire qui réécrit, doucement, dans le sens du confort.

Le second effet est plus sournois. Sans trace, il devient impossible de voir un décrochage. Celui qui n'a rien tenu depuis trois semaines passe inaperçu, parce que chaque séance repart de zéro. On ne s'aperçoit de rien jusqu'au jour où il ne vient plus.

Le remède : l'engagement s'écrit avant d'agir, au même endroit, et il reste lisible. Une ligne par personne et par jour suffit. L'important n'est pas le support, c'est que le texte d'hier soit consultable aujourd'hui sans avoir à faire défiler trois cents messages.

Cause 3 : ne rien faire ne coûte rien

C'est la cause de mort la plus fréquente et la moins avouée. Dans un groupe d'objectifs classique, celui qui n'a rien fait ne dit rien, et il ne se passe rien. Aucune sanction, aucune gêne, aucune question. Une semaine plus tard il ne dit toujours rien, et cette fois deux autres personnes se taisent aussi, parce qu'elles ont vu que c'était possible.

Le silence est contagieux beaucoup plus vite que l'effort. Un groupe se vide par le haut : ce sont les plus sérieux qui partent en premier, quand ils comprennent qu'ils sont les seuls à jouer.

La conséquence n'a pas besoin d'être une amende, un gage ou un tableau de scores. Elle doit simplement être inévitable. Ce qui coûte, ce n'est pas la punition, c'est de devoir déclarer devant cinq personnes qui l'ont lu hier que l'on n'a pas fait ce que l'on avait dit.

Le remède : chaque engagement se clôture, tous les jours, devant les autres. Tenu, partiel, non. Trois états, pas de case « pas eu le temps ». Et surtout : personne ne commente le résultat de personne. Le regard suffit, le jugement fait fuir.

Cause 4 : le groupe est trop grand

La première erreur de presque tous ceux qui veulent créer un groupe de motivation, c'est de recruter large. Dix personnes semblent plus solides que quatre. C'est l'inverse. À dix, votre absence ne se voit pas, donc elle ne vous coûte rien, donc vous vous absentez. La dilution de responsabilité n'est pas une théorie abstraite, c'est ce qui se passe le mardi matin quand vous décidez de sauter votre tour parce que « de toute façon il y a du monde ».

Il y a un second effet, purement pratique : au-delà de six, lire les engagements des autres devient un travail. Personne ne lit douze déclarations tous les matins. Et quand plus personne ne lit, le groupe n'a plus de témoins, seulement des participants.

Le remède : quatre à six personnes, et la porte fermée. En dessous de quatre, deux défections et il ne reste rien. Au-dessus de six, l'anonymat s'installe. Un groupe qui grossit ne devient pas plus fort, il devient une audience.

Cause 5 : les objectifs sont invérifiables

« Faire du sport. » « Avancer sur le projet. » « Être plus régulier. » Ces engagements ont un point commun : le soir, il est impossible de dire s'ils ont été tenus. Donc ils sont toujours à moitié tenus. Donc personne ne peut vous tenir à rien.

Locke et Latham ont résumé trente-cinq ans de recherche sur la fixation d'objectifs par une phrase sans ambiguïté : quand on demande aux gens de faire de leur mieux, ils ne le font pas. Les objectifs spécifiques et difficiles produisent des performances supérieures aux consignes vagues du type « fais de ton mieux », avec des tailles d'effet allant de .42 à .80 selon les méta-analyses qu'ils citent (Locke & Latham, 2002, American Psychologist). Un engagement flou n'est pas un petit engagement, c'est une absence d'engagement.

Le test est simple. Lisez votre engagement à voix haute et demandez-vous si, ce soir, un inconnu pourrait trancher par oui ou par non. « Faire du sport » ne passe pas. « 20 minutes de marche ce midi » passe. « Travailler sur la proposition » ne passe pas. « Envoyer la proposition à Karim avant 18h » passe.

Le remède : un engagement par jour, vérifiable, et de la taille d'une journée. Pas d'objectif trimestriel dans un rituel quotidien. Ce qui se déclare le matin doit pouvoir se clore le soir.

Ce que fait Sparring Circle

Sparring Circle est une app où un cercle de quatre à six personnes déclare ses engagements du jour avant 10h, les découvre tous au même moment à 10h, puis marque chacun tenu, partiel ou non. L'heure, la trace et la conséquence sont posées par l'outil, ce qui évite d'avoir à les tenir à la main.

Sparring Circle est une application de cercles de quatre à six personnes qui déclarent leurs engagements du jour et se les marquent le soir. L'accès se fait par invitation.

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