Mastermind entrepreneur, cercle de pairs ou groupe d'entraide : lequel choisir
Par Vincent Bernard, qui enseigne l’entrepreneuriat à CentraleSupélec et à HEC Paris, et construit Sparring Circle.
En photo, ces trois formats se ressemblent : quelques personnes autour d'une table, un tour de parole, des engagements. Ils répondent pourtant à des besoins différents, à des prix sans rapport. J'en ai monté plusieurs et j'en ai vu mourir davantage. Voici ce qui les distingue, et à quel moment payer devient le bon calcul.
Le mastermind payant : une sélection, un animateur, un prix
Un mastermind payant réunit six à douze personnes de niveau comparable, sélectionnées, autour d'un animateur dont c'est le métier. C'est ce que la plupart des gens appellent un mastermind entrepreneur. Le format repose sur trois choses : une cohorte fermée, une durée fixe, un rythme de séances imposé. À chaque séance, un ou deux membres passent sur la « hot seat » : ils exposent un problème réel, et les autres le démontent.
Voici les 3 choses que vous achetez :
- La sélection. Quelqu'un a filtré les membres, et personne ne passe la séance à expliquer les bases à un débutant.
- L'animation. Un professionnel coupe la parole au bavard, relance le silencieux et empêche la séance de tourner au café.
- L'engagement par le prix. Une somme versée d'avance fait venir les gens même les jours où ils n'en ont pas envie.
Le haut du marché, ce sont les réseaux de dirigeants à cooptation. L'APM, fondée par Pierre Bellon, le fondateur de Sodexo, fonctionne par clubs locaux de vingt à vingt-cinq dirigeants cooptés, réunis une journée par mois (Le Petit Journal, Paperjam). Entrepreneurs' Organization réserve l'entrée aux dirigeants d'entreprises qui réalisent plus d'un million de dollars de chiffre d'affaires annuel, et certaines sections placent la barre plus haut (EO, critères d'adhésion). Les cotisations se comptent en milliers de dollars par an, et il faut y ajouter un droit d'entrée (EO, candidature).
Le prix achète la qualité de la salle. Votre exécution entre deux séances reste à votre charge. C'est la faiblesse structurelle du format : une séance par mois, puis des semaines où personne ne regarde ce que vous faites.
Le cercle de pairs : gratuit, égalitaire, fragile
Le cercle de pairs applique le même principe, sans animateur payé et sans facture. Quatre à huit personnes se choisissent, animent à tour de rôle et fixent leurs propres règles.
Ce qu'il apporte d'abord, c'est la fréquence. Un cercle gratuit peut se réunir chaque semaine, ou même faire le point chaque jour, puisque personne ne facture l'heure. Il apporte aussi une franchise que l'argent abîme parfois : entre pairs, personne ne joue au client satisfait.
Je l'ai vu mourir plusieurs fois, presque toujours en 3 étapes :
- Les niveaux s'écartent. Un membre décolle, un autre stagne, et le premier finit par partir.
- Personne ne tient le cadre. Sans animateur, la séance glisse vers la conversation, puis vers l'annulation.
- L'absence ne coûte rien. On sèche une fois, puis deux, et le groupe s'éteint sans que personne ait décidé de l'arrêter.
Un cercle de pairs tient quand il a un rituel court et fixe, et des membres qui ont tous quelque chose à perdre s'ils déçoivent les autres. Il échoue quand on lui demande une expertise que personne autour de la table ne possède.
Le groupe d'entraide : le soutien avant la stratégie
Le groupe d'entraide est le format le plus ouvert : une communauté d'entrepreneurs, un réseau local, un collectif de créateurs suivis par une structure associative ou publique. L'entrée est large, souvent gratuite, et les participants changent d'une rencontre à l'autre.
Il sert à rompre l'isolement, à trouver un contact, à entendre que d'autres vivent la même chose que vous. C'est précieux la première année, quand la solitude pèse plus lourd que la stratégie. Pour le travail de fond, il atteint vite ses limites. Les gens tournent, personne ne connaît votre dossier en détail, et personne ne vous demandera la semaine suivante si vous avez fait ce que vous aviez annoncé.
Lequel choisir, et à quel moment
Le bon format dépend de ce qui vous manque, bien plus que de votre budget. Voici les 3 moments à distinguer :
- Avant le lancement et pendant la première année : le groupe d'entraide. Vous avez besoin de repères et de contacts. Le comité stratégique viendra plus tard.
- Quand l'activité tourne et que tout se joue sur l'exécution : le cercle de pairs. Vous savez quoi faire, il reste à le faire chaque jour. Ici, la fréquence compte plus que l'expertise.
- Quand l'entreprise a grandi et que vos décisions engagent du capital, des recrutements ou une cession : le mastermind payant. Vos problèmes deviennent rares, et les gens capables d'en parler aussi. Vous payez pour les trouver.
Quand le mastermind payant vaut vraiment mieux
Un mastermind entrepreneur payant justifie son prix dans 4 cas :
- Vos décisions pèsent plus lourd que la cotisation. Un mauvais recrutement de cadre ou une levée mal négociée coûtent plus cher qu'une année de mastermind.
- Personne autour de vous n'a des problèmes de votre niveau. Un cercle gratuit avec des pairs moins avancés vous rendra service une fois, puis il vous épuisera.
- Vous avez besoin d'une confidentialité encadrée. Dans un réseau sélectif, avec un engagement de confidentialité explicite, on peut parler chiffres, associés et conflits.
- Votre cercle gratuit est déjà mort faute de cadre. En payant, vous achetez aussi quelqu'un dont le métier est de tenir ce cadre.
Payer devient une erreur quand votre problème est la régularité. Si vous savez ce que vous devez faire et que vous ne le faites pas, un mastermind mensuel vous offrira une excellente séance, puis un mois de solitude. Vous paierez cher un rappel mensuel.
Ce que les groupes qui survivent ont en commun
Payants ou gratuits, les groupes qui durent partagent 3 traits :
- Une petite taille. Au-delà de six ou huit personnes, chacun peut se cacher.
- Un rythme fixe. Le rendez-vous ne se déplace pas et la séance ne se négocie pas.
- Des engagements visibles. Chacun annonce ce qu'il va faire, puis dit la fois suivante s'il l'a fait.
C'est ce troisième point qui décide de tout. La redevabilité vient du regard de personnes qui vous connaissent et qui reviendront vous poser la question. Une notification n'a jamais produit cet effet, et un animateur payé pour une séance par mois ne le produit qu'à moitié.
Sparring Circle applique ce troisième point chaque jour : dans des cercles de quatre à six personnes, chacun déclare ses engagements avant 10h, tout le monde les découvre à 10h, puis chacun les marque tenu, partiel ou non. Le cadre tient par le regard des autres.
À lire ensuite
Sparring Circle est une application de cercles de quatre à six personnes qui déclarent leurs engagements du jour et se les marquent le soir. L'accès se fait par invitation.
Voir comment ça marche